No, Mandela is Not My Hero: Part II

No, Mandela is Not My Hero: Part I
(English and French)

Mandela n’est pas mon héros, 2ème partie

By Jean-Paul Pougala

Author’s Note:

Avant de commencer la leçon d’aujourd’hui, une mise au point s’avère nécessaire :

MISE AU POINT :

Je n’avais pas prévu cette deuxième partie, mais ce sont les très nombreuses réactions, surtout les insultes et même les menaces de la part de personnes m’accusant d’avoir sali l’honorabilité de “Saint Mandela” qui m’a fait comprendre à quel point même certains intellectuels africains, les mieux avertis et les plus critiques sont manipulables et manipulés. Et donc, ont encore plus besoin d’être désintoxiqués, désaliénés pour être capables de se mettre résolument en marche vers leur propre libération mentale à travers la pensée critique. Et par définition, cette dernière ne peut débuter que par le doute, le doute raisonnable en toute chose, même si c’est le monde entier qui insisterait pour les pousser et les orienter vers une direction bien définie.

Je suis un penseur, je ne suis qu’un penseur. Je n’écris que ce que je pense. Et plutôt que de vouloir lire de moi ce que vous pensez, vous feriez mieux de nous dire aussi ce que vous pensez. Car l’objectivité n’existant nulle part, c’est en mettant ensemble nos différentes pensées, même contradictoires entre elles, que nous ferons avancer notre société. Chacun de nous ne voit le monde et ne le raconte que depuis l’angle de vision qui est le sien. Je suis un pousseur et comme je l’ai écrit dans la signature de cette leçon 69, je suis un ex-coupeur de canne à sucre. Mon appréciation de Nelson Mandela est celle d’un coupeur de cannes à sucre, ou celle d’un pousseur. Ce que je raconte est le monde tel que je le vois, nourri de mes propres expériences et influencé surtout par la rage de cette misère extrême que j’ai connue. Ne me demandez pas d’être vous, plutôt que moi-même, et si vous y tenez, cherchez d’abord à être moi, commencez par partager toute la souffrance que j’ai connue et qui malheureusement n’est pas celle d’une seule personne, mais le quotidien de millions d’Africains pour qui j’écris, et nous en reparlerons. D’ici là, si mes textes vous énervent, c’est tout simplement la preuve que vous n’en êtes pas les destinataires. Je vous prie donc de m’ignorer, d’ignorer ce que j’écris et continuer votre route. Ne vous occupez pas de moi, parce que je ne m’occupe pas de vous. Je ne sais même pas ce que vous écrivez encore moins qui vous êtes.

Certains m’ont traité de populiste démontrant par là même qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent. Un populiste, par définition dit ce que tout le monde a envie d’entendre. Alors que tout le monde est pour béatifier Mandela, dire qu’il n’est pas mon héros est tout sauf du populisme, au contraire, on risque même le lynchage de ce peuple suffisamment abruti par les média-mensonge. Ce qui me vaut cette mise au point de ce matin.

Je ne suis pas un politicien et je n’ai aucune envie de l’être au sens classique tu mot. J’en veux pour preuve, si un politicien va dire que dieu n’existe pas, dans une Afrique où l’ignorance est entretenue surtout à travers le créationnisme, ce serait un vrai suicide politique. C’est dire, mon indifférence totale sur ce qu’on peut penser ou pas de ce que j’écris. La pensée est l’expression même de notre âme. Si je devais renoncer à dire ce que je pense pour dire ce que vous pensez ou aimez entendre, c’est que j’ai tout simplement cessé de vivre. Lorsque j’ai écris sur le mensonge de la guerre en Libye, beaucoup m’ont pris pour un fou. Trois ans après, la situation qui prévaut aujourd’hui dans ce qui était alors le meilleur pays d’Afrique me donne largement raison et confirme par les faits que ce n’est pas parce que tout le monde va penser une chose et qu’il y ait une seule personne à penser le contraire que ce dernier est forcément fou. Lorsque j’ai écrit sur la guerre économique entre l’Afrique et l’Europe sur l’huile de palme, les Africains qui n’accordaient aucune importance à cette huile ont pu prendre en considération la dimension de la manipulation dont ils étaient victimes à détester l’huile qui les a fait grandir. Et lorsqu’un an après, c’est le parlement français qui s’apprête à voter une loi pour l’interdire dans l’industrie, c’est individuellement que ce texte prémonitoire est envoyé à chaque député français, mais aussi aux industries concernées. Et quel bonheur que de constater qu’un grand groupe comme Ferrero me rejoint dans ma bataille en inondant les télévisons françaises de spots publicitaires vantant les mérites scientifiques de la meilleure huile au monde : l’huile de palme et d’annoncer orgueilleusement qu’elle l’utilise dans ses célèbres Kinder afin de faire bien grandir les enfants européens. Quel bonheur de constater le succès dans l’opinion chinoise de la leçon 59 sur les mensonges de la coopération Chine-Afrique où j’explique pourquoi la Chine ne peut pas envahir l’Afrique, puisqu’elle doit affronter un autre problème, celui du vieillissement de sa population dû à une erreur stratégique de la rigidité dans la politique de l’enfant unique et deux mois après l’article voir que la Chine pour la première fois depuis 40 ans annonce l’assouplissement de cette politique de l’enfant unique. Personne ne dit que les autorités chinoises m’ont lu pour prendre une telle décision historique, mais l’esprit critique nous donne juste cette capacité d’anticipation des évènements. Mais pour y parvenir, encore faut-il savoir chercher et voir dans l’actualité, surtout ce qu’on ne nous dit pas.

Et ma vision dans plusieurs domaines stratégiques comme la religion, la sécurité ou même le trop grand unanimisme suspect autour de la figure de Nelson Mandela en font partie. Le rôle d’un penseur n’est pas de se préoccuper de son image ou de sa popularité, mais de faire bouger les lignes, de se débarrasser du tartre qui couvre la vue du peuple et qui l’empêche de voir le monde sous un angle moins déformé.

Le thermomètre que j’utilise pour savoir si je remplis ma mission est le nombre de personnes qui m’écrivent pour m’insulter ou pour les plus gentils, me dire que j’ai touché un domaine qui n’est pas le mien et que je ferais mieux de ne plus en parler. Plus il y a de monde qui me contacte pour me dire de ne plus parler d’un sujet et plus je suis encouragé à le faire, parce que c’est la preuve que je viens de toucher un point sensible. D’autres, à court d’arguments pour me contrer, m’accusent d’être espion de la Chine, oubliant de fait que la première règle d’un espion est de se faire discret, tout le contraire de ce que je fais et surtout, qu’un vrai espion de la Chine est plutôt formé pour mal parler de la Chine, afin de mieux s’infiltrer dans les milieux hostiles à la Chine par où recueillir les informations utiles. Mais mêmes ces accusations sont très positives pour moi, parce qu’elles participent aux éléments qui me servent de thermomètre pour savoir sur quels sujets je vais insister ou revenir souvent. C’est la même logique que j’ai utilisée au sujet de l’Egypte antique, mais aussi de Jésus. Au début, j’ai parlé de la même manière contre l’islam et le christianisme en Afrique et les réactions des chrétiens ont été plus nombreuses contre moi et je suis donc revenu plus souvent sur le christianisme que sur l’islam.

Ceux qui prétendent que je dois d’abord être diplômé en théologie avant de dire que Dieu n’existe pas n’ont pas compris que la signature de mes textes en “vendeur d’arachides” ou “pousseur”, n’est pas un simple folklore pour amuser la gallerie, mais un geste militant et assumé d’un pied-de-nez au système. C’est un message pour envoyer balader tous ceux qui prétendent de moi qu’avant de parler, je dois suivre les règles du formatage d’une société biaisée, et occuper la boîte que le système dominant a prévu pour moi et qui au final, ne m’aurait laissé aucune liberté de dire ce que je veux si je m’y étais conformé. Plus on me dit de me taire, et davantage je reçois le signal qu’il faut que je parle. Lorsqu’on me dit que Mugabe est un diable, c’est la preuve qu’il est en train de faire du bon travail. Et plus on me dit que Mandela est un saint et plus je doute de lui.

Et c’est cet esprit qui me pousse à écrire ce deuxième texte sur Mandela, encouragé par tous ceux qui m’ont écrit pour m’insulter, mais aussi par ceux qui m’ont interpellé pour me dire que je m’étais trompé sur la personne de Mandela ou qu’il fallait que je fasse un voyage en Afrique du Sud pour me rendre compte que je me trompais ou encore que je semais la haine parce que toute la population africaine en Afrique du Sud avait accepté de tourner la page de l’apartheid, sans indemnisation, sans le partage de ses ressources volées depuis des siècles.

Dans les lignes qui suivent, nous allons voir en détail ce qu’a fait l’homme Mandela pour me convaincre que le camp des oppresseurs qu’il a choisi, contre son propre peuple ne peut pas faire de lui mon héros.

Je ne comprends pas qu’on puisse en même temps aimer Mugabe et Mandela, puisque ces deux personnages sont dans des camps opposés dans la bataille qui nous attend. L’un rappelle qu’il existe un chez nous, en Afrique et le second lui réplique que le chez nous est en fait chez tout le monde. Il faut choisir : ou on est pour “ici c’est chez nous et même si nous sommes pauvres, nous le sommes dans la liberté” ou on est pour “le chez nous c’est chez tout le monde et même si nous sommes esclaves chez nous, ce n’est pas grave, le maître venu d’ailleurs est quand même gentil”. Il n’existe pas une position intermédiaire. De la même manière qu’on ne peut pas être pour la Chine et pour les USA, parce que ce sont deux modèles opposés de distribution de richesse, de la même manière, on ne peut pas être pour Laurent Gbagbo et pour Nelson Mandela en même temps. Les deux présidents ont eu une chose en commun : à leur égard, l’unanimité des sentiments de l’Occident, mais l’un de haine et l’autre d’amour presqu’incestueux, pour les choix opposés de désir d’affranchissement de l’un et de soumission et d’allégeance totale au maître pour l’autre.

DESMOND TUTU ET MANDELA, DEUX FACES DE LA MEME MEDAILLE

Il y a quelque chose qui m’a toujours intrigué en comparant les Noirs et les Blancs et je n’arrive pas à comprendre pourquoi les héros des Blancs sont choisis par eux-mêmes alors que les héros des Noirs doivent être décidés et imposés par les Blancs? Pire, pourquoi chez les Blancs, les héros sont des gens violents, des gens qui ont tué, exterminé leur propre peuple, alors que les héros que les Blancs choisissent pour les Noirs doivent être forcément pacifistes, non-violents et surtout, proclamer sur tous les toits que les Blancs sont nos amis et qu’ils sont chez nous, comme chez eux ?

La première fois que je me suis posé ces questions, c’était en comparant deux leaders afro-américains : Malcom X et Martin Luther King. En étudiant leurs parcours, leurs discours, si je dois me poser la question de savoir lequel des deux m’a été plus utile pour me préparer à affronter la vie si dure au contact des Blancs, sans nul doute, je dirais que c’est Malcom X. Donc, si pour moi, on doit parler de héros, certainement Malcom X est de loin mon héros par rapport à un Martin Lutter King. Et là se pose le troisième problème : pourquoi les Blancs cherchent-ils à tout prix à imposer comme héros, comme leader de la communauté noire, des prêtres ? On le voit aux Etats-Unis avec Martin Luther King, suivi par Jesse Jackson, mais aussi en Afrique du Sud où des milliers d’activistes se faisaient massacrer pour leur lutte acharnée contre un pouvoir d’oppression, les Blancs n’ont vu mieux qu’un prêtre pour être leur héros, et dans ce cas, un Desmond Tutu, sans qu’on comprenne bien quel rôle a-t-il pu jouer véritablement pour faire finir l’apartheid. Ou alors, préfèrent-ils les Noirs lorsqu’ils sont inutiles à la cause des Noirs ? Ou tout simplement lorsqu’ils sont capables de bien assumer leur rôle de diversion ?

En France par exemple, Napoléon est considéré comme un héros après avoir massacré les populations de la moitié de l’Europe, jusqu’aux portes de Moscou. Le général de Gaulle est considéré comme un héros avec au compteur, le massacre de plus de 100 000 français en temps de paix, comme nous l’avons vu dans la première partie de cette leçon. Aux USA, Lincoln est un héros après avoir déclenché et mené la guerre la plus meurtrière de ce pays, avec près de 600 000 morts. En Chine, Mao est considéré comme le héros du pays, après avoir contraint à la famine toute une génération d’intellectuels chinois avec sa fameuse révolution culturelle. En Iran, le héros de la nation c’est un certain Ayatollah Khomeiny qui est tout sauf un saint. A Cuba, le héros de la nation c’est un certain Fidel Castro qui fait encore peur aux Américains qui n’ont toujours pas le courage de normaliser les relations avec la minuscule île, 51 ans après le débarquement échoué à la baie des Cochons. En Italie, le héros du pays c’est un certain Garibaldi qui pour réussir l’unité du pays a fait preuve de la pire des violences avec ses fameux 1000 disciples armés jusqu’aux dents. Etc. Ailleurs dans le monde, les héros sont avant tout des guerriers, des personnes qui ont combattu et gagné, des personnes qui ont tous utilisé la violence pour arriver à atteindre leurs objectifs militaires et politiques. Pourquoi est-ce le contraire en Afrique ? Pourquoi les héros sont-ils les perdants ?

Pourquoi dans la communauté noire, ce sont les prêtres que le système érige au rang de héros ?

Dans le film western du réalisateur italien Sergio Leone, intitulé : Le Bon, La Brute et le Truand, à un moment du film, la Brute, un certain Tucco, rencontre après plusieurs années, son petit-frère, prêtre dans une église. Ce dernier cherche à lui faire la morale sur sa profession de bandit et le culpabiliser pour son absence à la mort du père, puis de la mère. Tucco, lui répond avec ces mots :
“Quand nous étions petits, à cause de la misère, pour survivre, il n’y avait que deux chemins qui s’offraient à nous : ou faire le prêtre ou faire le bandit. Et de nous deux, tu es celui qui a choisi le métier le plus facile, être prêtre”.

Durant l’apartheid, Mandela et Tutu avaient deux voies : ou accepter le statu quo et convaincre les autres Noirs que c’est le destin qui veut que les Noirs soient soumis, et qu’il ne reste plus qu’à prier Dieu pour que les choses changent, et c’est le choix que fera Tutu; ou alors, lutter en commettant des attentats pour faire changer les choses. C’est la route que choisira Mandela et qui le portera en prison pendant 27 ans. Des deux, on peut dire sans se tromper que c’est Mandela qui avait choisi le chemin le plus difficile. C’est sa sortie de prison qui va tout gâcher. Et pendant que Mandela croupissait, comme perdant, en prison, le système félicitait Tutu, allant jusqu’à un prix Nobel de la paix en 1984, qu’il conviendrait plus de l’appeler prix Nobel du sommeil et de l’abrutissement. Vous ne me croyez pas? Oui, je le sais et pourtant c’est ce qui est écrit dans la note qui justifie pourquoi on lui a donné ce prix, je cite : ” Il a su donner l’inspiration à la résistance, et empêcher que la violence croissante (des Noirs) ne débouche sur un bain de sang.” Non, c’est écrit : il n’a pas eu le prix Nobel pour avoir tenté de faire stopper la violence des bourreaux, contre son peuple, mais pour avoir réussi à empêcher que la révolte de ces victimes contre l’oppression, se transforme en une plus grande violence des bourreaux. Et que faisait-il de si spécial ? Il répétait un slogan-somnifère : « God is on our side » c’est à dire: « Dieu est de notre côté ».

Lorsqu’on connait la brutalité et la violence inouïe du système de l’apartheid, on peut conclure sans avoir peur de se tromper que si Mandela représentait le moindre danger pour le système, il serait mort de dysenterie ou victime d’un AVC à peine libéré et des années à l’avance. C’est ce qui est arrivé au leader de l’ANC qui a survécu à l’apartheid tant qu’il était refugié à l’étranger. Et c’est lorsqu’il rentre au pays, en pleine négociation pour le passage de pouvoir qu’il meurt d’un AVC, un mois seulement après la mort de l’autre leader Chris Ani. Lorsqu’on observe tous ces morts de premiers plan, et on y ajoute la torture psychologique avec la prison pour un Marcus Garvey, la fin tragique de Malcom X, de Sankara, de Lumumba, de Um Nyobe, d’Armical Cabral, le sabotage de l’avion de Samora Machel, et donc de sa mort, à cause de son rôle de soutien comme base arrière aux combattants de l’ANC, toutes ces tristes vérités m’ont toujours porté à croire que les 27 ans de Mandela derrière les barreaux résultent d’un montage bien orchestré, pour un plan B, au cas où les espoirs mis sur un Desmond Tutu le pasteur, de mener à bon port, son troupeau, ses moutons, ne seraient pas couronnés de succès. Et en effet, ce plan B sera activé lorsqu’à la fin de la Guerre froide, le régime de l’apartheid est à bout de souffle. Et c’est là où ils ont tout simplement sorti leur jocker, un certain Mandela. Et ça a marché comme sur des roulettes. Les Noirs n’y ont vu que du feu. Et tout ou presque a continué comme avant, avec des petits maquillages ici et là, mais le système chancelant à partir de 1990, est resté bien solidement en place.

Et c’est lorsque le 7 octobre 2010, il se retire de la vie publique que notre cher archevêque Tutu comprend tardivement qu’il a été utilisé durant tout son parcours pour neutraliser les élans de liberté de son peuple meurtri et tente de se racheter en se démarquant de ses compagnons de cirque de l’ANC et des racistes qui l’ont soutenu jusqu’ici.

Cela n’empêche pas que l’on continue de multiplier pour lui les prix internationaux, sans qu’on comprenne bien ce que tous ceux-ci récompensent. Le dernier en date est le Prix Templeton en 2013 avec une enveloppe supérieure au Prix Nobel. Il a reçu pour ce prix, la somme de 1,1 million de livres sterling c’est à dire 1,7 million de dollars. L’année précédente, en 2012, il était le lauréat du Prix UNESCO/Bilbao pour la promotion d’une culture des droits de l’homme. Qu’est-ce que cela veut dire ? Rien. Un autre enfumage pour récompenser l’homme pour avoir su bien tenir son troupeau sous contrôle. En 2010, il était l’heureux gagnant du Prix du président de la FIFA, sans qu’on comprenne bien ce que la religion a à voir avec la fédération internationale de football. Peu importe. Tant que c’est un Noir qui célèbre l’amitié avec les Blancs, tous les prix vont pleuvoir. Les autres contraints dans la misère extrême n’ont qu’à suivre son exemple et s’inscrire au séminaire. Il y a encore de la place. Il y a même beaucoup de places disponibles à saisir au plus vite, surtout maintenant que le système a décidé que chaque village africain peut manquer de fontaine d’eau, d’électricité, de dispensaire, d’école, mais jamais de prêtre. En plus, tout est fait pour surmédiatiser les hommes d’église qui président désormais presque toutes les instances et cérémonies cardinales des nations africaines, de la télévision à la corruption en passant par les élections.

Tutu comprend donc qu’il a été utilisé par le système et tente de réagir, malgré les nouveaux prix pour l’abreuver. Et depuis peu, le prix Nobel de la Paix 1984, qui avait présidé la Commission Vérité et Réconciliation, n’est plus en odeur de Sainteté en Afrique du Sud. Il est devenu la première haute personnalité qui met le doigt dans la plaie béante qu’on a ouverte en Afrique du Sud depuis la fin de l’apartheid et qu’on aime bien cacher avec le couvercle de la démocratie, oui, ce pays est même régulièrement cité en exemple comme étant la plus avancée démocratie du continent africain. Du moment qu’on vote, tout va au mieux dans le pays de l’apartheid repeint. Pas pour Tutu qui critique justement ce modèle-là qui sous le prétexte de la légitimation par le vote populaire, cultive la société la plus inégalitaire du continent africain.

Le 11 Août 2011, lorsqu’en marge d’une soirée littéraire à l’Université de Stellenbosch, dans la province du Cap où il était archevêque anglican, Tutu deviendra l’homme à abattre en Afrique du Sud, après avoir proposé de taxer les blancs de 1% sur leurs avoirs à la bourse de Johannesburg pour, dit-il, commencer une infime redistribution des richesses du pays, accaparées par la minorité hollandaise qui constitue seulement 9% de la population mais qui s’accapare 73% des postes de direction des entreprises sud-africaines. Une injustice que confirme bien le rapport de la commission étatique dénommée de “l’Équité de l’emploi”. Et cela se fait avec la complicité, dit-il, des hauts dirigeants de l’ANC qui ont tout simplement pris leur place à la table pour avoir leur part. Voici les propos de Tutu aux blancs ce soir-là de 2011:

«Vous avez tous bénéficié de l’apartheid. Vos enfants pouvaient fréquenter de bonnes écoles. Vous avez habité dans des quartiers chics. Pourtant, beaucoup de mes concitoyens blancs se fâchent quand on mentionne ces faits. Pourquoi ? Certains sont handicapés par la honte et la culpabilité et répondent par des auto-justifications ou de l’indifférence. Deux attitudes qui nous diminuent.» Il conclut en proposant ni plus ni moins que de taxer les Blancs à hauteur d’1% de leurs avoirs en bourse.

Ce jour-là il ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Il en a aussi après les dirigeants de l’ANC à qui il propose ni plus ni moins que l’UBUNTU, c’est-à-dire l’Humanité, le partage, l’harmonie du vivre-ensemble. Il leur propose de vendre leurs luxueuses voitures pour finalement s’occuper du peuple qui a voté pour eux et qui est abandonné à lui-même. Voici ce qu’il déclare en direction des dirigeants de l’ANC au pouvoir :

« Dans l’esprit de l’Ubuntu, pour montrer que vous êtes attentifs, remplis de compassion, s’il vous plaît, vendez vos voitures de luxe et remplacez-les par des voitures un peu moins chères, pour montrer que vous êtes attentifs à ces gens pauvres. Votre humanité en dépend. »

La première réaction des plus étonnantes est par communiqué officiel venant de la Fondation FW De Klerck dont le président n’est rien d’autre que le dernier président du temps de l’apartheid qui a partagé le prix Nobel de la paix avec Mandela. Il faut rappeler que depuis qu’il a quitté le pouvoir, Monsieur De Klerck était resté discret et n’avait réagi à aucun évènement important en Afrique du Sud ou dans le monde. Mais il va répondre à Tutu en l’accusant ni plus ni moins que de jouer sur « la dangereuse idée de culpabilité raciale ». Voici ce que dit le communiqué, tel que rapporté par l’AFP :

“L’un des principes (de notre démocratie), c’est la non-discrimination raciale, et l’idée que nous ne devons plus adopter de lois qui visent l’un ou l’autre groupe racial (…) Aussi dévastateur qu’ait pu être l’apartheid, nous ne pouvons pas continuer indéfiniment à mettre sur le compte du passé tout ce qui va mal en Afrique du Sud. Pas plus que nous ne pouvons accepter la dangereuse idée de culpabilité raciale”.

Les propos de l’ancien président sud-africain sont la preuve que les négociations qu’il a eues avec Nelson Mandela étaient de l’arnaque pure et dure. C’est trop facile lorsqu’on a un avantage non dû, de tout faire pour garder le statu quo. Ce que Tutu a proposé existe dans de nombreux pays occidentaux et s’appellent : “l’impôt sur la fortune”. En quoi taxer les avoirs en bourse serait une menace pour la démocratie sud-africaine ? En quoi un simple principe de justice sociale serait aussi calamiteux jusqu’à être comparé à de la discrimination raciale ? Qui a dit que taxer les activités en bourse c’est taxer une race ?

Dans un article du 16 Août 2011, sur le journal en ligne Slate-Afrique, intitulé : “Afrique du Sud : Desmond Tutu propose un impôt pour les Blancs, mais pas seulement…”, la journaliste Sabine Cessou rapporte aussi les propos du parti des ultra-conservateurs blancs dénommé FF (Front de la Liberté), qui accuse la proposition de Tutu de : «proposition raciste et insensée, qui frise les déclarations émotives de Julius Malema (président de la Ligue des jeunes de l’ANC qui propose de nationaliser les mines, les banques et les terres), sans contribuer au débat sur la manière correcte de résoudre les problèmes économiques du pays ».
3 mois avant Tutu, au mois de Mai 2011, l’alors chef de la Ligue de Jeunesse de l’ANC Julius Malema, avait fait des déclarations allant dans le même sens; il avait alors tout simplement suggéré d’exproprier sans dédommagement les fermiers blancs de leurs terres en justifiant ainsi : “Ils ne nous les ont jamais achetées”.

En 2013, Tutu se moque du modèle de la démocratie sud-africaine qu’il appelle « une démocratie sous la coupe d’un parti ultra-majoritaire » et promet qu’il ne va plus jamais voter pour l’ANC. Celui-là qui avait prêché en 1977 à l’enterrement de son ami Steve Biko, fondateur du Black consciousness movement (Mouvement de conscience noire) où il a participé aux réunions clandestines, mesure la distance abyssale entre le comportement des nouveaux dirigeants de l’ANC au pouvoir et le travail de terrain d’un leader de l’ANC comme Biko qui à travers ce mouvement clandestin dans toutes les écoles noires du pays, malgré les risques, éduquait la population noire à neutraliser le langage pervers que le système de l’apartheid avait construit pour amener ces derniers à l’auto-dénigrement.

Tutu fustige tardivement, et sans ménagement, les nouveaux dirigeants de l’ANC de l’ère Mandela qui ne pensent qu’à leur image et à se remplir les poches. Il s’attaque aux activités de l’industrie de l’armement qui exportent la quasi-totalité dans les pays africains pour alimenter les rébellions et les guerres civiles. Il vaut mieux tard que jamais. Mais peut-il pisser dans le plat dans lequel il continue de manger encore aujourd’hui avec son dernier Prix Templeton ? En tout cas, c’est peut-être en partie, ce qui va lui valoir l’exclusion de l’invitation à l’enterrement de Mandela. Il déclarera à ce sujet :
“Si mon bureau ou moi-même avions été informés que j’étais le bienvenu, pour rien au monde je n’aurais manqué ça”

C’est en extremis qu’un hélicoptère va finalement le déposer à N’gunu aux dernières minutes de l’enterrement. Mais le mal était déjà fait.

Mais comme dit un proverbe Kirdi dans le nord-Cameroun, quelques goutes de pluies n’annoncent pas la saison des pluies. Tutu et tous les prêtres africains se rendent-ils compte qu’ils contribuent à abrutir leur propre peuple avec la profession qu’ils ont choisie? Le créationisme est la mère du capitalisme. Continuer à precher Jesus tout en se plaignant des injustices qui en résulte est pour le moins curieux. Tutu et Mandela d’après la prison sont deux faces de la même médaille, celle de la soumission.

QUE PENSENT LES INTELLECTUELS SUDAFRICAINS ?

À l’occasion des cérémonies pour fêter les 20 ans de la libération de Nelson Mandela, le penseur sud-africain Kholofelo Mashabela écrit un article publié dans le quotidien “The Sunday Independent” du 11 février 2010 qui est d’une valeur capitale pour comprendre aujourd’hui les frustrations de la classe populaire noire sud-africaine au moment où on enterre celui qui a le plus symbolisé l’avènement de ce qu’il a lui-même baptisé : la Nation Arc-En-ciel.

Voici ce qu’il écrit ce 11 février 2010 :

« Nelson Mandela a été libéré le 11 février 1990. Malgré les bouleversements survenus dans la société, les blessures infligées par le régime raciste restent vives et difficiles à résorber. C’est comme si c’était hier. Le 11 février 1990, des milliers de personnes avaient envahi les rues du Cap pour apercevoir la personnalité qui s’était battue si longtemps pour la liberté. (…) On ne sait pas très bien qui a écrit le scénario, mais cela a marqué le début d’une tendance à gérer le processus politique par l’hystérie. La dernière manifestation en est la fièvre qui entoure l’organisation de la Coupe du monde de football, qui aura lieu du 11 juin au 11 juillet 2010. Avant, il y a eu la Convention pour une Afrique du Sud démocratique (Codessa) et ce qu’elle a apporté. Il y a eu la violence dont ont été victimes les communautés noires. Il y a eu les révélations sur les activités du Bureau pour la coopération civile (CCB). Bien sûr, il y a eu la Vlakplaas [unité secrète antiterroriste pendant l’apartheid]. Il y a eu aussi l’établissement de la Commission électorale indépendante, qui a ouvert la voie aux premières élections démocratiques, peut-être le résultat le plus significatif de février 1990. Puis sont arrivées la reconnaissance internationale et l’acceptation de l’Afrique du Sud en tant que pays dirigé par des Noirs. Il y a eu aussi la Coupe du monde de rugby, en 1995… En somme, un mélange de bon et de mauvais. Tous ces événements ont, chaque fois, produit le même effet sur notre peuple : celui de réveiller l’hystérie collective. A ce moment de notre histoire, la communauté internationale s’est bousculée pour faire de Nelson Mandela un citoyen du monde. Le régime de l’apartheid et le Congrès national africain (ANC) s’étaient autoproclamés les acteurs les plus importants de l’accord négocié qui devait suivre ».

« Dans l’accord négocié qui a suivi, la question de la terre fut éludée (évitée). Il fut décidé que les terres dont les Noirs avaient été dépossédés avant 1912 ne leur seraient pas rendues et que celles qui leur avaient été prises après 1912 ne seraient restituées que sur la base d’un contrat de vente volontaire. C’est probablement en partie pour cela que la société sud-africaine est aujourd’hui l’une des plus inégalitaires au monde en termes socio-économiques. Car, après février 1990, la réconciliation est devenue une priorité. Si le concept était noble en soi, cela signifiait cependant que la justice ne serait pas rendue. Les personnes coupables de violences institutionnelles envers les Noirs ne seraient pas traduites en justice. Toujours dans ce désir de réconciliation, Nkosi Sikelele Afrika, l’hymne africain de l’espoir, a été mis sur le même niveau que Die Stem, un chant qui célèbre les objectifs de la rébellion [boer] de Slagtersnek [1816]. On a fusionné les deux chants pour créer l’hymne national sud-africain, que la plupart des gens semblent ne pas pouvoir ou ne pas vouloir chanter dans son intégralité. (…) Au moment où les élus prenaient leurs fonctions et où nous apprenions combien ils gagnaient, nous avions vu que l’éthique était jetée aux orties et que les graines de la corruption avaient été semées. Si le contenu de cet article met le lecteur mal à l’aise, c’est peut-être parce qu’il est temps que quelqu’un fasse remarquer que le roi est nu. Mais ces propos auront-ils le moindre effet, compte tenu de l’hystérie qui entoure le vingtième anniversaire de ce fameux mois de février 1990 ? »

Dire que les terres prises après 1912, seront volontairement vendues par les Hollandais à leurs légitimes propriétaires africains, me semble une véritable insulte à l’intelligence de ces africains. C’est comme leur dire qu’ils n”auront rien. Sinon, d’où vont-ils prendre l’argent pour acheter leurs propres terres?

L’HYMNE SUDAFRICAIN AUX ALLURES RACISTES

Les propos de notre ami et penseur sud-africain Kholofelo Mashabela sur l’hymne sud-africain de l’ère Mandela, m’ont conforté dans mes doutes de toujours, par rapport au seul hymne dans le monde qui se chante en 5 langues en même temps. Si l’idée en elle-même est flatteuse, la traduction des 5 parties, m’a plutôt choqué.

C’est un hymne qui reprend à la lettre, les insultes de l’ancien président sénégalais Senghor aux Noirs selon qui, les Noirs seraient guidés par l’émotion (le sport, la musique) et les Blancs par la raison (les sciences, les mathématiques). Et avant Mandela, c’est bien Senghor qui était le chef d’État africain le plus aimé des Européens. Cette fois-ci, Mandela a battu un record qu’il faudra peut-être des siècles pour avoir son équivalent dans le cœur des Européens et les populations sud-africaines d’origine européenne.

En effet, l’hymne sud-africain est composé de 5 strophes en 5 langues dont les trois premières sont africaines et les deux dernières européennes. Curieusement, toutes les 3 langues africaines ne parlent que de Dieu et du remerciement à Dieu, baignant dans un fatalisme de découragement et dans cette hystérie bien construite dont parle Mashabela. Alors que la partie de l’hymne en boer et en anglais est plus réfléchie, plus construite et pose avec discernement le chant repris de l’ancien hymne de l’apartheid Die Stern, un chant de bataille et de lutte, comme pour rappeler aux Blancs qu’en terre africaine, ils sont toujours en guerre, en bataille pour laquelle ils doivent gagner.

Comme le dit Mashabela, la partie européenne n’est rien d’autre que Die Stern, l’hymne de l’apartheid. C’est-à-dire que Mandela a validé que les victimes puissent chanter l’hymne qui était utilisé pour les mater, pour les torturer, pour les tuer, alors que la réciproque ne se vérifie pas. Si dans la partie africaine, on avait intégré les chants patriotiques de ralliement de l’ANC ou du PAC, on aurait dit qu’on est quitte, puisque les bourreaux pourront aussi chanter une partie de ce que leurs victimes chantaient.

Le pire de cet hymne est que toutes les 3 langues africaines sont résolument pour une spiritualité déiste alors que la spiritualité africaine est non déiste. En d’autres mots, là où on aurait dû mettre les Ancêtres, on a mis Dieu, comme pour marquer encore une fois la subalternité des Noirs sud-africains à la spiritualité déiste de ses bourreaux. Et le comble est qu’alors que toutes les trois langues africaines citent Dieu, aucune des 2 langues européennes ne le mentionne, confirmant le plan d’utiliser les religions déistes (islam et christianisme) pour abrutir les Africains. Il est dit en langue Sotho que c’est Dieu qui devra supprimer la souffrance en Afrique du Sud. Et donc, si les gens souffrent, c’est bien parce que Dieu le veut et non à cause de Mandela qui n’a pas su négocier un accord de justice.
Sans plus attendre, voici une traduction approximative française de cet hymne :

Nkosi Sikelel’ iAfrika (Dieu protège l’Afrique : titre de la partie africaine)

1- en Xhosa :
Que Dieu bénisse l’Afrique,
Puisse sa corne (son esprit) s’élever vers les cieux,

2- en Zoulou :
Que Dieu entende nos prières
Et nous bénisse, nous ses enfants d’Afrique.

3- en Sotho :
Que Dieu bénisse notre nation,
Et qu’il supprime toute guerre et toute souffrance,
Préservez, préservez notre nation,
Préservez notre nation sud-africaine, l’Afrique du Sud.
Die Stem van Suid Afrika (L’Appel de l’Afrique du Sud : titre de la partie européenne)

4- en Boers :
Résonnant depuis nos cieux d’azur,
Et nos mers profondes,
Au-delà de nos monts éternels
Où rebondit l’écho.

5- en Anglais :
Retentit l’appel à l’unité,
Et c’est unis que nous serons,
Vivons et luttons pour que la liberté triomphe
En Afrique du Sud, notre nation.

La où la moquerie contre les Noirs d’Afrique du Sud se transforme en vrai cynisme politique et racial c’est lorsqu’aujourd’hui, ils doivent rendre hommage à leurs bourreaux, en chantant l’hymne sud-africain, en vigueur durant la période triste de l’apartheid et composé par l’ancêtre des leurs bourreaux, un certain Cornelis Jacobus Langenhoven né le 13 août 1873 et mort le 15 juillet 1932, politicien boer qui a composé cet hymne qui avait servi l’apartheid de 1927 en 1994, avant d’être validé par Mandela depuis 1994 à aujourd’hui. C’est comme si en Italie, à la chute du régime fasciste, les Italiens continuaient avec l’hymne fasciste. C’est comme si en Allemagne, à la chute de l’odieux régime nazi, les Allemands continuaient avec ce même hymne, et pire encore, qu’on demandait aux juifs de chanter le même hymne au titre de la réconciliation. C’est comme si en Algérie, à la fin de la colonisation, les Algériens continuaient avec l’hymne français. On a envie de se demander si Mandela avait bu pour accepter de telles bêtises.

En d’autres termes, à travers cet acte, on nous a tout simplement signifié que dans la nouvelle Afrique du Sud post apartheid, il n’y avait pas suffisamment de personnes fécondes en créativité pour un monde ouvert et tolérant, au point de recourir au texte et à la musique de quelqu’un décédé 62 ans plus tôt et dont l’idéologie a guidé ceux-là même qui ont géré le pays pendant les années incriminées de l’apartheid. Je veux bien donner raison à l’ancien président De Klerck de dire qu’il ne faut pas tout le temps retourner les plaies du passé, mais avec une telle maladresse, c’est bien lui et Mandela qui ont refusé de tourner la page de l’apartheid, en obligeant les victimes d’hier à l’insupportable torture de chanter l’hymne de l’apartheid.

COMMENT MANDELA A PERMIS AUX RACISTES DE L’APARTHEID DE S’ACCAPARER LES MEILLEURES TERRES AGRICOLES DES DEUX PAYS MEUTRIS PAR LA GUERRE CIVILE ENTRETENUE PAR L’AFRIQUE DU SUD ET L’OCCIDENT : LE MOZAMBIQUE ET L’ANGOLA

Dans la rubrique “PETITES ET GRANDES MANOEUVRES EN AFRIQUE” du mensuel français “Le Monde Diplomatique” du mois d’avril 1997, il y avait une très bonne analyse faite par Michel Chossudovsky, avec le titre :
“Quand l’apartheid s’exporte au sud du continent”

et le sous-titre :

“Forcés de renoncer à l’odieux régime qui les avait mis au banc des nations, les fermiers blancs sud-africains se redéployent en direction du Mozambique et de l’Angola. Fer de lance de la nouvelle puissance régionale, ils prétendent s’emparer des meilleures terres agricoles et mettent en danger, avec l’aide de la communauté internationale, la survie des communautés locales.”

Michel Chossudovsky nous révèle alors l’activisme de Mandela pour permettre à ces racistes d’exporter le système de l’apartheid dans les pays voisins, pour créer ce que ses initiateurs ont appelé “Le couloir agro-alimentaire de l’Angola au Mozambique”, deux pays qui sont le plus en difficulté à cause de la guerre civile en cours. Durant l’apartheid, ils se contentaient des terres agricoles sud-africaines et zimbabwéennes. Maintenant, Mandela devient la face la plus présentable de l’apartheid. Et c’est désormais sous le couvert du nouveau gouvernement sud-africain que la pression est mise sur ces pays pour qu’ils cèdent leurs terres à ces colons d’un nouveau genre, venus tout droit d’Afrique du Sud. Au cœur de ce dispositif, nous avons un parti déjà cité plus haut, l’ultra-conservateur et raciste FF (Front de la Liberté). Le soutient officiel est la Chambre sud-africaine pour le développement de l’agriculture, la Sacada. Voici les prémonitions de Chossudovsky en 1997 et qui se sont largement vérifiées au Mozambique :
” Des paysans perdront leurs terres et les petits propriétaires se transformeront en métayers ou en ouvriers agricoles travaillant pour le compte des Boers, propriétaires des grandes plantations. (…) Le Front de la liberté est dirigé par le général Constand Viljoen : cet ancien commandant en chef de l’armée au temps de l’apartheid fut jadis impliqué dans l’assassinat de militants anti-apartheid et comme responsable d’une organisation secrète (Stratcom) mise en cause dans des attentats, des actes de torture et la diffusion de propagande extrémiste. Si son parti semble modéré, comparé au groupe d’extrême droite d’Eugène Terreblanche, l’Afrikaner Weerstandebeweging (AWB), il n’en est pas moins un mouvement politique raciste fidèle à l’idée d’un État afrikaner. Paradoxalement, l’initiative commune de la Sacada et du Front de la liberté bénéficie du soutien politique de l’ANC, notamment de la bénédiction du président Nelson Mandela. Ce dernier a délégué au conseil d’administration de la Sacada le premier ministre de la province de Mpumalanga (Transvaal de l’Est), M. Matthews Phosa, l’un des hommes d’affaires noirs les plus prospères de la province, qui a préparé l’extension aux pays voisins des intérêts des hommes d’affaires blancs. ”

« (..) Pour 0,15 dollar l’hectare, les fermiers afrikaners se verront en particulier concéder les meilleures terres agricoles de la province mozambicaine de Niassa : un véritable cadeau. (..) Les grandes banques sud-africaines, la Banque mondiale et l’Union européenne soutiennent cette entreprise. (…) Si la communauté internationale a soutenu (tardivement) le combat de l’ANC contre l’apartheid, elle aide maintenant financièrement les organisations racistes afrikaners de développement. Autrement dit, les pays occidentaux donateurs contribuent à l’extension de l’apartheid aux pays voisins de l’Afrique du Sud. L’Union européenne a ainsi financé la Sacada dans le cadre d’aides octroyées à Pretoria au titre du programme de reconstruction et de développement. Un responsable de Bruxelles considère l’initiative de la Sacada comme la meilleure nouvelle pour ce continent depuis trente ans ».

Après la sortie de l’article au mois de Mai 1997, une double plainte a été déposée au tribunal de Paris pour diffamation, contre son auteur et le journal Le Monde, par la South African Chamber for Agricultural Development (SACADA) et par le leader de la Freedom Front, le Général des armées Constand Viljoen.

Ils seront déboutés par le tribunal de Paris, puisqu’entre temps, c’est Mandela qui est allé en personne à Maputo signer pour la location des 8 millions d’hectares de terres agricoles du Mozambique au modique prix de 0,15 dollars l’hectare par an, c’est à dire 75 FCFA l’hectare par an. C’est-à-dire que Mandela validela location de 6 millions d’hectares des meilleurs terres mozambicaines pour la modique somme de 900 000 dollars par an pendant 50 ans. Qui pouvait résister au charme de Mandela? Surtout pas le Président d’un pays mis à genoux par 20 ans de guerre civile entretenue par l’Afrique du Sud. L’article 34 de cet accord stipule même que ces concessions boers seront comme un état dans ces états et ne pourront pas se soumettre aux lois de ces pays.


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